La Bérarde, deux ans après !
Article proposé par Marie-Noëlle Nauleau suite à des questions posées à Pierre Balme.
La Bérarde, deux ans après …
Préambule : La catastrophe de La Bérarde survenue dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 juin 2024 a déjà fait l’objet d’articles (Jean Pierre Charre) et de conférences (Alain Marmonnier, Jean-Pierre Charre, Pierre Balme) dans le cadre de l’UIAD.
Où en est-on aujourd’hui ?
J‘ai demandé à Pierre Balme enseignant à l’UIAD, géographe, maire honoraire de Venosc-Les deux-Alpes, originaire de la vallée du Vénéon de faire le point de la situation en juin 2026.
« Rappel des faits :
- L’événement : un village emblématique englouti dans la nuit par plus de 15 m de boue et de rocs, des charriages provoqués par une conjonction exceptionnelle de phénomènes improbables : neige fraîche, fortes précipitations, vidange du lac supra-glaciaire de Bonnepierre
- Des dégâts matériels : 70 maisons détruites totalement ou partiellement, des dizaines de voitures emportées, des ponts, des routes, des parkings, les réseaux, tout est dévasté. L’aval connaît aussi de nombreux dommages (Les Étages, Plan du Lac, Bourg d‘Arud…)
- Plus aucune activité touristique n‘est possible
- Deux éléments positifs : pas de victime humaine, une vaste solidarité se met en place
L’An 1 : la vallée interdite
- Limitations très fortes d’accès, la totalité de la vallée du Vénéon est interdite d’accès sauf pour les riverains.
- Les premières études commencent pour connaître l’origine de la catastrophe et les moyens d’y remédier
- Les premiers travaux débutent notamment pour les routes, les réseaux, la mise en sécurité
- La mobilisation des habitants ne faiblit pas notamment via l’association «Les amis de La Bérarde»
L’An 2 : la vallée à accès contrôlé
- La vallée est ré-ouverte à la circulation partiellement (hameau de Pré Clot), au-delà des navettes bus sont organisées
- Les études (origine de l’événement, mesures de protection) et les travaux se poursuivent (protection des rives, remise en état des passerelles, sentiers, réseaux…)
- Une timide reprise d’activité touristique (randonneurs, alpinistes)
- La mobilisation des habitants ne faiblit pas
L’An 3 : des avancées mais un avenir toujours incertain (Comité de pilotage du 27 mai 2026 en préfecture)
- Des progrès dans l’accessibilité collective (en juillet et août : 15 AR/jour bus – au lieu de 8 – de 7h à 21 h) mais toujours insuffisants pour relancer l’économie de la haute vallée et de ses refuges : moins de 300 personnes /jour estime L Soullier le nouveau maire
- Les travaux continuent à l’aval : sécurisation du Vénéon, réfection routes et sentiers, reprise des réseaux
- Les études progressent et laissent peu d’espoir pour la reconstruction (scénario SYMBHI pour la protection inondation de 15 à 20 M€, très au-delà des ratios coût/protection de l’État)
- Un nouveau Conseil municipal, des habitants toujours mobilisés
Sentiments et idées personnels
- Le «miracle de l’absence de victime», grâce à la connaissance du terrain des habitants et au professionnalisme des secours, mais qui impose une prudence renforcée pour la suite
- La solidarité interne et externe : des dizaines de millions € investis
- La détermination des habitants
- Prendre conscience des changements climatiques, de ses incidences sur la montagne et de la nécessité de trouver un nouveau rythme de vie
- Prendre conscience que l’on ne peut pas tout reconstruire, tout réparer, à la fois pour des raisons techniques mais aussi (et parfois surtout) financières
Alors comment avancer :
- Ré-imaginer globalement le devenir des hautes vallées de montagne
- Améliorer l’accès (en plus des solutions collectives de transport, essayer de trouver si possible des zones de stationnement sécurisées plus proches du hameau : les contraintes horaires des randonneurs s’accommodant mal des horaires des bus)
- Créer un «camp de base» multi services (logement, restauration, épicerie, matériels techniques) à proximité de La Bérarde dans un lieu sécurisé (bâtiment du camping de la rive gauche) ? Le faire financer par du mécénat d‘entreprises ?
- L’avenir du hameau : «entre, on ne fait rien, on rase tout et on revient habiter comme avant, il y a de la place » propos du nouveau maire de St Christophe en Oisans, Laurent Soullier. Personnellement, j’entreprendrais déjà des «actions sécuritaires et esthétiques» sur les bâtiments détruits, et envisagerais la création d‘un parcours «mémoriel» avec le concours de paysagistes, architectes, historiens, géographes … Et, peut-être, permettre le rétablissement d’établissements de jour (référence à la réglementation des ERP, établissements recevant du public) : buvette, restauration rapide.
- Je ne crois pas à la reconstruction !! tout au moins sur place, mais serait-il possible de trouver un lieu sécurisé dans la proximité pour redonner aux anciens habitants «un petit chez soi» dans une finalité plus sentimentale que fonctionnelle
- Et enfin, retrouver un lieu de mémoire, un monument «clin d’œil» à la chapelle disparue et à ses ex votos en souvenir d’alpinistes disparus. » Pierre Balme juin 2026

Sur cette photo, un nouveau cours du ruisseau des Etançons est en lieu et place de la Chapelle !!!
Copyright photo : P Balme.

