Festival « OJOLOCO » 2025

De Jean-Jacques Pellegrin (cours d’espagnol de Ligia Martins Gomez)

« Les cavaliers des terres sauvages » documentaire

Une brève remarque préalable. Comme assez souvent, le titre français affadit quelque peu le titre original. Pourquoi n’avoir pas gardé le titre espagnol, « Los gauchos », comme on aurait pu dire, pour d’autres films possibles, « Les cow-boys » ou « Les gardians » ?

Tourné par Michael Dweck et Gregory Kershaw, c’est un documentaire exceptionnel servi par une splendide photographie en noir et blanc qui n’est pas sans rappeler parfois le travail de la grande photographe mexicaine Graciela Iturbide. La bande son s’avère également judicieuse. Un morceau tel que « Dos gardenias » chante la nostalgie qui baigne le film en permanence.

Le narratif déroule la vie simple, rude, mais totalement assumée de ces gauchos des vallées de Calchaquiés dans la région de Salta, au nord-ouest de l’Argentine.

Hommes comme femmes, adultes comme jeunes, vivent leur existence de « caste de centaures » dans ces paysages âpres et dénudés au pied de la cordillère. Ils sont indigènes, métis ou blancs, tous unis dans le même destin d’une culture et d’une identité menacées par le changement inéluctable du monde, le réchauffement climatique et l’exode rural.

Tous épris de leur liberté ancestrale, ils s’efforcent de préserver l’importance de la transmission entre générations. Les mères enseignent à broder ou à cuisiner à leurs filles. Les pères forment leurs fils à monter à cheval, faire du feu dans la pampa ou à tresser une corde.Pour autant le travail de gaucho est-il l’apanage des seuls hommes ?

Pas exactement si l’on en juge par la farouche détermination de cette jeune fille indienne à devenir « gaucha ». Ainsi, au collège, elle répugne à porter l’uniforme scolaire pour garder ses vêtements traditionnels : un large béret, un foulard et des bottes. A une amie, elle déclare ne pas vouloir d’enfants. Et elle finit de convaincre son père que son but unique est de vivre cette vie, faire ce travail et rien d’autre. Alors celui-ci lui apprend à débourrer les chevaux sauvages avec patience et douceur. Il convient plus d’éduquer l’animal que le dompter, ne jamais le maltraiter, ni le brusquer de la voix ou du geste. Dans ses grands yeux noirs se dévoile la volonté tenace d’être formée à monter à cru ou à concourir dans les rodéos contre les hommes.

De jeunes garçons ne sont pas en reste. Un père enseigne avec patience aussi à son jeune fils les préceptes de la vie et de la philosophie « gauchesques ».

Deux autres pré-adolescents parcourent la campagne à cheval, dorment à la belle étoile et s’affrontent dans un joyeux simulacre de duel au couteau.

Les dialogues, souvent à deux, disent tout de la lutte des gauchos pour leur survie. Ils évoquent la sécheresse, la mort ou encore la menace perpétuelle des condors qui s’attaquent à leurs veaux : «  L’on ne peut pas tuer le condor, mais le condor, lui, peut tuer pour se nourrir ».

Ils invoquent la Pachamama pour que la pluie tombe enfin.

C’est la vie simple, dépouillée et sincère des cavaliers des pampas et des leurs.

De cette jeune fille, de ces gauchos, adultes et enfants, émane comme une profonde noblesse, celle de la terre immuable.

Ils reflètent bien les codes du symbolisme « gauchesque ». Mais, d’un autre côté, ils se démarquent de la figure mythique de Martín Fierro, le gaucho légendaire du célèbre poème épique de José Hernández. Dans cette tranche de vie, si bien filmée, l’héroïsme est quotidien.

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1 réponse

  1. Nicole Dupré dit :

    Très beau film en effet, et comme il était projeté en « avant-première », beaucoup pourront le voir à sa sortie en France : 7 Mai 2025 ! Ce qui n’est pas le cas des films en compétition, pas encore distribués et visibles à une seule séance du festival. Dommage !

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