Rencontre avec l’écrivaine cubaine Karla Suarez

Article de Jeanne Allison, étudiante en espagnol de Ligia Martins.

Karla Suarez est venue récemment à la Bibliothèque municipale internationale de Grenoble pour présenter son dernier livre OBJETOS PERDIDOS. C’est une habituée des lieux, elle était venue en 2018 après la publication de EL HIJO DEL HEROE.

Karla est très souriante, débordante d’énergie, volubile, elle parle avec les mains : « je suis Cubaine ! » nous dit-elle.

C’est une professionnelle qui donne des cours d’écriture à Lisbonne où elle réside depuis quelques années et à Madrid. Ingénieure de formation, son discours est bien structuré et rodé. Elle commence par nous parler de son livre puis du processus d’écriture.

Son récit se déroule sur cinq jours, c’est l’histoire d’un renoncement et de perte.                Elle s’inspire d’un fait réel (Karla s’est fait voler son sac à main dans sa voiture, de la même façon qu’elle le décrit) ; elle le situe à proximité de la Sagrada Familia car il aborde le thème de la famille brisée.

Son héroïne, la cubaine Giselle, rêve de devenir danseuse et elle sacrifie tout pour y arriver. Seule et perdue dans Barcelone, elle espère y retrouver un ami très cher. On salue l’ingéniosité cubaine face à l’adversité et l’on remarque que pour Karla aussi la danse est primordiale ; elle représente ici un lien entre les jours passés dans la rue et le passé.

Par ailleurs, Giselle a trouvé un portefeuille contenant documents et photographies qu’elle contemple jusqu’à l’obsession et veut le rendre à son propriétaire. Cela donne l’occasion à Karla de développer un thème plus fort, celui de la maternité et de l’identité. Ces cinq jours qu’elle passe à Barcelone donnent à Giselle l’opportunité de revisiter son passé et de l’expliquer.

Karla Suarez affirme que ses histoires naissent de tout (une chanson, un récit qu’on vient de lui faire, un fait divers…). Elle ajoute qu’elles surgissent et s’imposent à elle, déjà sous la forme qu’elles prendront. Il s’agit, dit-elle, d’un processus quasi automatique qu’elle appelle « pulsation » Elle affirme néanmoins qu’elle doit écrire et réécrire, qu’elle doit travailler sans relâche sur ses idées.

Elle nous parle aussi son rapport à la musique qui imprègne toute sa vie. Elle explique que ses personnages sont baignés de musique, que celle-ci vienne.de la rue (noter ici la place importante du joueur de castagnettes), de la radio ou d’appareils domestiques et que c’est grâce à la musique qu’elle pénètre dans leur univers. Avant d’écrire, elle choisit la musique qui l’accompagnera, elle et ses personnages. Ici, pour refléter son personnage principal, elle a choisi une musique joyeuse et des phrases courtes qui évoquent les petits pas et les sauts d’une danseuse. Une fois le roman terminé, elle enregistre tous ces morceaux pour en faire une bande originale que chacun peut écouter.

Enfin, elle parle de son travail en général :

Il s’avère qu’elle considère ses quatre premiers romans (Silences, Le Voyageur, La Havane année zéro, le Fils du héros) comme une symphonie, la symphonie havanaise. Dans ces romans, elle parle de Cuba, et dans chacun d’eux, un lien subtil se dessine entre les personnages (par exemple le sac à dos). Elle affirme qu’avec OBJETOS PERDIDOS, elle entame une nouvelle symphonie, la symphonie des arts, mais, bien sûr, elle n’a pas souhaité dévoiler le thème de son prochain livre ni la nature du lien qu’elle a établi avec le précédent.

Dans un autre ordre d’idée, elle a également mentionné combien elle trouvait intéressant de collaborer à l’émission Radio Ambulante, un podcast qui raconte l’histoire de l’Amérique latine et « offre un portrait sonore du continent et de tous les lieux où l’on parle espagnol ». Pour elle, ce travail contribue à promouvoir la langue espagnole et sa littérature.

Nous attendons sa prochaine production !

Jeanne Allison

PS : Vous pouvez également lire cet article en espagnol, sur notre blog, en cliquant ici

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