Sous les étoiles silencieuses

Crédit photo : ©H. Dawber

Sous les étoiles silencieuses de LAURA MCVEIGH             

 

 

 

Parmi les nombreux titres présélectionnés pour le prix littéraire 2019 et non retenus, voici ce premier roman de l’irlandaise Laura McVeight. Une écriture simple, à la première personne.

 

 

 

Qui n’a pas rêvé un jour d’embarquer à bord du mythique Transsibérien ?

Ce premier roman de Laura McVeigh pourrait être un récit de voyage… ou bien un conte, avec son titre mystérieux « Sous les étoiles silencieuses » et sa couverture féérique, en camaïeu de bleus avec lesquels contrastent le rose très vif de l’arbre et l’ocre de la terre. Si j’évoque la couverture de ce livre, c’est parce que cette scène paisible, image récurrente dans le récit, est le souvenir idéalisé de l’arbre flamboyant devant la maison d’Afsana à Kaboul.

Magie des couleurs. Mais aussi noirceur inquiétante des sommets…

Car le conte n’est pas un conte, même si l’imagination de la jeune fille divague souvent…

Le voyage n’est pas un voyage de rêve, mais la fuite obligée d’un pays en guerre, l’Afghanistan :

« Il est des voyages qu’on préfèrerait ne jamais entreprendre. Et pourtant on part.

On part parce qu’on n’a pas le choix, parce que c’est la seule façon de survivre.

Ceci est mon voyage, celui que j’aurais voulu ne jamais faire. Mais je l’ai fait. »

Ainsi commence le livre. On est en été 1990 et Afsana, passagère clandestine du Transsibérien, espère retrouver sa tante réfugiée en Russie. L’image idyllique a disparu, le voyage dure, s’éternise depuis beaucoup trop longtemps…

Elle a 5 ans quand sa famille s’enfuit de Kaboul. Aujourd’hui elle en a 15, et écrit pour ne pas oublier sa vie heureuse d’avant : une famille unie, des parents cultivés, libres d’esprit et militants ; un pays où les filles vont à l’école et les femmes exercent leur profession, où la musique vibre et les cerfs-volants tournoient dans le ciel.

« Quand on ne peut plus lire, apprendre, chanter, ni même marcher toute seule au soleil, on ne peut plus vivre. »

Dans ses écrits, rédigés sur des cahiers d’écoliers trouvés dans le train, Afsana mêle le passé et le présent. Elle alterne de brefs chapitres évoquant sa vie dans ce train ‘mythique’, avec d’autres plus longs, relatant les errances de sa famille depuis sa fuite de Kaboul, et la volonté que leur insuffle sa mère de survivre coûte que coûte, en leur racontant les histoires d’autrefois, en leur faisant la classe. Rester forts, unis.

Voyage réel pour Afsana, mais aussi voyage introspectif grâce à l’écriture. Garder des traces : beauté sauvage des paysages, des ciels afghans la nuit, de sa maison bleue. Témoigner de la guerre, de la mort, de la peur des moudjahidines, des talibans. Comprendre ce qui lui a échappé à 5 ans, pourquoi les idéologies déchirent sa famille.

Pour lui tenir compagnie, Afsana fait revivre, tour à tour, ses frères, ses soeurs, son père, sa mère… Pour s’évader, elle lit « Anna Karénine », un livre laissé par une touriste dans le train et laisse divaguer son imagination. Pour résister au désespoir, elle évoque l’arbre de Judée en fleurs, symbole de renaissance et d’espérance.

Laura McVeight, était enfant lors des conflits en Irlande du Nord. Adulte, son engagement dans l’humanitaire l’a amenée à voyager dans les zones de conflits, à rencontrer des réfugiés, contraints de partir en laissant tout.

Son roman s’inspire de ces expériences. En décrivant la pérégrination de cette famille afghane, elle nous livre une réflexion sur la guerre, la perte, la détresse des réfugiés, mais aussi sur la volonté de survivre à tout prix et l’espoir en un ailleurs meilleur : « On peut toujours recommencer, Afsana. »

Un récit d’une grande actualité, mais aussi d’une grande fraîcheur grâce à la voix de cette jeune fille au caractère trempé, à l’imaginaire débordant, devenue trop vite adulte.

Catherine Blanchard

 

Sous les étoiles silencieuses / Laura MCVEIGH ; Trad. de l’anglais (Grande-Bretagne) par Julie Sibony, Ed. du Fleuve, février 2018. 333 p.

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1 réponse

  1. catherine Blanchard dit :

    Pour les amateurs de BD et pour poursuivre sur ce thème, voici des BD, «reportage» sous forme de récit graphique :

    – Le photographe/ Didier Lefèvre, Dupuis, 2008. [Edition en 3 volumes ou Intégrale]
    Une Bd originale, à la croisée du dessin et du photoreportage, où alternent textes, planches contact, photographies et dessins. Le récit réaliste, du photographe français Didier Lefèvre, parti en Afghanistan en 1986 accompagner une équipe d’humanitaire à travers les montagnes afghanes.

    2 BD «témoignage», de Nicolas Wild qui nous livre un regard ironique et pertinent sur les réalités de ce pays :

    – Kaboul Disco / Nicolas Wild, La Boîte à bulles, 2018. [Edition en 2 volumes ou Intégrale]
    En 2005, ce dessinateur de BD s’installe à Kaboul, pour dessiner une adaptation BD de la constitution afghane.

    Kaboul Requiem : un thé avec les Talibans / Nicolas Wild, Sean Langan, La Boîte à bulles, 2018.
    Les aventures de Sean Langan, journaliste anglais, kidnappé en 2008.
    CB

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