Du trait d’esprit au trait de plume
Article de Jean-Jacques Pellegrin du cours d’espagnol de Ligia Martins
J’avais eu l’occasion, dans une précédente chronique parue dans le blog de l’UIAD, de parler des « greguerías », ce genre littéraire inventé par l’écrivain espagnol Ramón Gomez de La Serna, qui définissait ces brefs traits d’esprit comme étant « une métaphore plus l’humour » .
Du trait d’esprit au trait de plume (17)
– Les soldats mourraient par milliers au champ d’horreur. Un journaliste de l’arrière commit l’impair de taper « honneur » sur son clavier.
– Un homme regorgeait de bonnes idées. Mais son avarice était telle qu’il n’en donnait aucune.
– Tous ces visiteurs courbés pour scruter « L’origine du monde », une peinture anatomique de Gustave Courbet. Seraient-ils myopes à ce point ?
– Les girafes ne savent toujours pas qui leur a fait ce cou pendable.
– Le pied de nez et le tête-à-queue exigent une aptitude certaine au contorsionisme.
– On put secourir le père et le fils égarés en plein brouillard dans une zone de sables mouvants. Les recherches se poursuivent pour retrouver le Saint Esprit.
– Perdre la face interdit de facto de pratiquer l’alpinisme.
– Le faux-semblant et le vraisemblable sont comme des jumeaux mal assortis.
– Procrastiner, c’est remettre au surlendemain ce que l’on n’a pas voulu faire ou décider depuis l’aube de l’humanité.
– Pied-de-biche : voilà un nom bien délicat pour un outil de cambrioleur.
– Pendant la bataille, complètement pris de boisson, le général ordonna la retraite pour tous à 55 ans.
– La création de l’univers et de l’homme. Un tour de prestidigitation hors du commun quand on songe, qu’à ce jour, personne n’a encore jamais vu le magicien.
– Voyage en Shein. Aujourd’hui, Marco Polo en reviendrait fort dépité.
– Le ruissellement : les files d’attente pour être trempé n’en finissent pas de s’allonger.
– Sur le mur de la case plusieurs geckos lézardaient paresseusement.
– « Ces statuettes ne sont pas à vendre » me dit l’antiquaire. « Voilà qui tombe bien , je comptais les voler ».
– L’argent, une autre religion monothéiste et ses nombreuses chapelles : le fric, le blé, la thune, le pèze, la braise, le pognon, l’oseille, le flouze, le cash, les pépètes…
– Les scientifiques restent perplexes devant ce poisson-perroquet qui est muet comme une carpe.
– Au crépuscule de sa vie, la nuit s’annonce et l’atterre.
– Très en retard, un cordonnier courrait à perdre alène.
– Un homme totalement allergique aux réseaux sociaux, parvenait malgré tout à penser et à se faire de nombreux amis. Ce miracle n’a jamais été reconnu par les « églises » de la Silicon Valley.
– Il aimait à jardiner avec son pote âgé.
– Un cancer agressif et qui métastase : les réseaux sociaux.
– L’escargot est hermaphrodite. Ce qui lui fait une belle jambe puisqu’il ne peut s’accoupler avec lui-même.
– Malgré la promesse d’une forte prime, les égoutiers refusèrent de descendre dans le cloaque des réseaux sociaux.
– « L’homme est un loup pour l’homme ». La louve romaine n’aurait jamais du allaiter Romulus et Rémus.
– Le Prix Pinocchio du menteur compulsif est décerné à l’unanimité au concierge en chef de la Maison Blanche.
– L’ornithorynque est le Frankenstein de la faune australienne.
– « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ». (Paul Nizan)
– « La vieillesse est un naufrage ». (Charles de Gaulle)
– « Entre les deux, c’est à peine mieux ». (Moi)
Jean-Jacques Pellegrin

