Visite de la tour Perret avec Culture Hors les Murs

Article proposé par Gérard Fauconnet

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Visite de la Tour Perret le 9 Octobre 2026.

La Tour Perret, premier gratte-ciel en béton armé d’Europe construit en 1925, a officiellement rouvert ses portes au public le 11 juillet 2026 après plus de 60 ans de fermeture.

Quelques éléments concernant Auguste Perret.

Auguste Perret (1874-1954) occupe une place aussi majeure qu’ambiguë au sein du mouvement moderne : il en est à la fois le pionnier technique incontournable et le dissident doctrinal.

Loin de l’avant-garde radicale qui prônait la rupture totale avec le passé, Perret a développé une voie unique appelée le classicisme structurel. Son génie a consisté à appliquer les proportions de l’architecture classique française aux techniques de construction les plus modernes du XXe siècle.

Il s’est fait connaître par plusieurs bâtiments parisiens, et surtout le Théâtre des Champs Elysées, tous construits en béton armé.

Il a ensuite dirigé la reconstruction de la ville du Havre, détruite à 85 %, en septembre 1944, par des bombardements aériens massifs de l’aviation alliée (britannique et américaine), dans le cadre de l’Opération Astonia pour libérer le port.

Avant Perret, le béton armé était relégué aux travaux industriels ou caché sous de la pierre. Il est le premier à l’imposer comme un matériau noble et autonome, visible en façade.

  • L’ossature poteaux – poutres : Pour Perret, l’ossature en béton est à l’édifice ce que le squelette est à l’animal. En reportant le poids du bâtiment sur des poteaux isolés plutôt que sur des murs porteurs, il libère totalement l’espace.
  • L’invention du plan libre : Dès 1903, avec son célèbre immeuble de la rue Franklin à Paris, il crée des appartements sans murs intérieurs structurels. Cette flexibilité totale de l’espace intérieur deviendra l’un des piliers absolus de l’architecture moderne.
  • La fenêtre verticale : Alors que les Modernes adopteront la fenêtre en longueur (le bandeau horizontal), Perret défend obstinément la fenêtre verticale, qu’il associe à la stature humaine et au rythme classique.

 On ne peut comprendre le mouvement moderne sans le lien de filiation entre Auguste Perret et Le Corbusier. Le jeune Corbusier a fait son apprentissage à Paris dans l’atelier des frères Perret entre 1908 et 1909. C’est là qu’il a tout appris du béton armé, de la rigueur des structures et de la rationalité constructive. Les célèbres « Cinq points de l’architecture moderne », théorisés plus tard par Le Corbusier (pilotis, plan libre, façade libre, toit-terrasse, …) découlent directement des innovations pratiques de Perret.

La Tour Perret et son origine.

Édifiée en 1924 et 1925 par les frères architectes Auguste et Gustave Perret, cette tour d’observation est l’unique vestige de l’Exposition Internationale de la Houille Blanche et du Tourisme de 1925. Conçue comme un phare lumineux de la modernité industrielle alpine, elle a révolutionné l’architecture du XXe siècle en prouvant la résistance et l’audace du béton armé face à la pierre et au métal. Elle a été construite en 11 mois. Le ciment venait de Marseille, officiellement pour éviter de choisir entre les 2 spécialistes grenoblois : Vicat et Pelloux. Son poids estimé est de 1 680 tonnes.

La loi Cornudet du 14 mars 1919 a été le détonateur politique et juridique qui a permis à Grenoble de démolir ses fortifications sud pour engager sa grande modernisation. Cela a libéré de nombreux espaces, dont celui du Polygone du Génie remplacé par le Parc Paul Mistral qui a accueilli l’exposition et la Tour Perret.

L’exposition a duré 5 mois et utilisait 40000 ampoules électriques : il fallait célébrer, en effet, la Houille Blanche ….

D’un point de vue architectural, l’édifice se compose d’une ossature octogonale d’une remarquable légèreté visuelle. Sa structure s’appuie sur des piliers robustes et un astucieux système de claustras.

Ses fondations sont constituées de 72 pieux en béton armé s’enfoncent à 15 mètres de profondeur pour atteindre une couche dure de graviers stables.

Le secret de la minceur et de l’élancement de la tour réside dans son squelette octogonal :

  • Huit piliers verticaux en béton armé forment la structure porteuse principale. Très fins, ils ont été rigoureusement calculés pour supporter l’intégralité des charges horizontales (vent) et verticales.
  • Des bandeaux de ceinturage horizontaux encerclent le tronc de la tour à intervalles réguliers. Ce système de frettage évite le flambement (la déformation) des piliers sous le poids de l’édifice.

Contrairement aux constructions traditionnelles, les murs ne sont pas porteurs :

  • Des parois ajourées (claustras) en béton viennent remplir les vides entre les piliers. Ces éléments préfabriqués forment une dentelle architecturale permettant de laisser passer la lumière et l’air tout en protégeant l’intérieur des intempéries (la pluie).
  • Un escalier hélicoïdal grimpe le long des parois intérieures de la tour (comptant 550 marches jusqu’au sommet).
  • Un ascenseur central (technologie pionnière en 1925 pour une telle hauteur) permettait de hisser rapidement les visiteurs jusqu’à la plateforme d’orientation située à 60 mètres de hauteur.

Classée monument historique en 1998, la tour souffrait d’une importante corrosion de ses armatures en acier provoquée par le dioxyde de carbone. En raison de ce délabrement avancé, elle avait été fermée au public dès 1965.

Ci-contre photo prise avant le début du chantier de rénovation.

La rénovation, un vaste chantier …

Le chantier de rénovation a été lancé à l’automne 2023, après plusieurs années d’études et de chantiers-tests menés entre 2019 et 2021

Ce chantier, sous la direction de François Botton (architecte en chef des Monuments historiques), a fait office de chantier pilote mondial pour la sauvegarde des premières architectures en béton armé du XXe siècle. Son coût a été de l’ordre de 15 millions d’euros.

  • Restauration structurelle du béton : Le béton souffrait d’une carbonatation sévère qui corrodait les armatures en acier. Les équipes de l’entreprise Freyssinet ont purgé les bétons dégradés et reconstruit les faces externes des 8 piliers principaux. Une protection cathodique (courant électrique faible) a été installée pour stopper durablement la corrosion intérieure.
  • Renforcement des fondations : les fondations ont été consolidées par 40 colonnes de ciment supplémentaires.
  • Respect esthétique de 1925 : Pour restituer fidèlement le rendu brut d’origine, un béton projeté matricé sur planches de bois de sapin a été utilisé. Ce procédé a permis de recréer parfaitement le veinage et les marques de coffrage voulus par Auguste Perret.
  • Défi des ascenseurs : Bloquées depuis le siècle dernier, les cabines d’ascenseur d’origine ont été démontées et entièrement restaurées (ou recréées fidèlement pour les décors d’époque). Une cage octogonale sur mesure hautement sécurisée a été modélisée en 3D pour permettre une évacuation sécurisée en hauteur en cas de panne.

Les anciens ascenseurs sont actuellement en restauration en Suisse et seront ensuite exposés à Grenoble. Les nouveaux sont de marque Otis, comme les anciens.

Voici une petite anecdote racontée par notre guide.

Lors de l’inauguration officielle de la tour le 6 septembre 1925, plusieurs personnalités de l’État étaient présentes, notamment le président du Conseil Paul Pain Levé, le ministre André Hesse et Edouard Herriot, président de la Chambre des députés.

L’événement est resté célèbre, car redescendant les derniers, Édouard Herriot et André Hesse sont restés bloqués dans l’ascenseur de la tour pendant toute la durée du repas officiel, provoquant un début de panique chez les services de police, avant qu’on ne connaisse la raison de leur absence.

Une photo du mécanisme de l’ancien ascenseur.

Grâce à la présence d’un guide, nous avons pu monter jusqu’en haut : d’abord, la plateforme panoramique (60 mètres) en ascenseur, et surtout la plateforme sommitale (80 mètres) par un escalier hélicoïdal.

Au sommet, une nouvelle sphère de 1,3 tonne et son piétement ont été acheminés et posés par héliportage en septembre 2025. Elle trône à 90 m de hauteur.

Ames sensibles s’abstenir ….

Au niveau intermédiaire de la montée vers la plateforme sommitale, nous avons découvert les restes du dernier festin du faucon pèlerin fréquentant l’établissement !!!

En haut de la tour, vue panoramique à 360° sur Grenoble et ses environs. Malheureusement, aujourd’hui, les nuages cachent une partie des montagnes.

On peut apercevoir le Mont-Blanc à condition que la météo soit particulièrement claire et dégagée.

Et pour les courageux et jeunes UIAD dynamiques, redescente à pied jusqu’en bas !!!

Pas de pluie aujourd’hui, mais un petit vent frais à 80 m de haut !!!

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