Visite du fort de la Bastille avec le groupe de Culture Hors les Murs
par Thesie Fontaine · 15 octobre 2026
Article proposé par Gérard Fauconnet
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Octobre 2026, avec un sympathique guide de Grenoble Alpes Tourisme : Vincent de Taillandier pour le Groupe 1.
Perché sur son éperon rocheux, le Fort de la Bastille domine la ville de Grenoble et offre un voyage saisissant dans l’architecture militaire du XIXe siècle. Si les célèbres « bulles » du téléphérique y acheminent les visiteurs pour son panorama alpin, c’est au cœur de ses entrailles de pierre que se révèle le véritable génie défensif du site. Conçu par le général Haxo et édifié entre 1824 et 1848, ce complexe fortifié impressionne par son réseau complexe de défense, au sein duquel les casemates occupent une place centrale.
C’est parti pour les bulles ….
Malheureusement, lors de cette visite, compte tenu du temps pluvieux et brumeux, nous n’avons pas pu profiter d’une belle vue sur Grenoble !
Notre guide profite d’un panneau concernant les Jeux Olympiques de Grenoble (1968) pour nous rappeler une histoire que nous avions oubliée. Lors de ces JO de nombreuses innovations avaient été mises en place, et en particulier, les premiers contrôles anti-dopage et les premières vérifications concernant la féminité des sportives !
La skieuse autrichienne Erika Schinegger, Championne du Monde de Descente en 1966, a échoué à ces premiers tests.
Il s’agissait d’un examen gynécologique et d’un frottis buccal pour détecter la présence du chromosome XX.
Les examens ont révélé une intersexuation (organes génitaux masculins internes et une physiologie masculine) dont elle ignorait l’existence.
Interdite de participer aux épreuves de Grenoble, elle a ensuite subi des interventions chirurgicales et a choisi de vivre en tant qu’homme, sous le prénom d’Erik.
Sa médaille d’or de 1966 a été officiellement réattribuée des années plus tard, et Erik a témoigné de son parcours dans son autobiographie Moi, Erik Schinegger.
Quelques rappels de géologie pour commencer la visite.
Grenoble occupe une cuvette alluviale. Cette plaine lacustre, façonnée par d’anciens glaciers, fait d’elle la ville la plus plate de France bien qu’elle se situe à 214 mètres d’altitude au cœur des Alpes.
L’agglomération dessine un « Y » grenoblois, enserré par trois massifs aux géologies contrastées :
À l’est, le socle cristallin de Belledonne, composé de schistes et granites très anciens (300 millions d’années).
À l’ouest et au nord, les massifs sédimentaires préalpins de la Chartreuse et du Vercors, formés de roches calcaires plus récentes (entre 200 et 100 millions d’années).
Le fond rocheux descend à plus de 200 à 400 mètres sous le niveau actuel de la ville.
Le caractère alluvial des terrains fait que ceux-ci sont remplis de fossiles.
Les falaises calcaires qui dominent directement la ville (Chartreuse et Vercors) regorgent d’invertébrés marins. Les ammonites, rostres de bélemnites, oursins et coraux s’observent facilement dans la roche (notamment exploitée pour le ciment de la Bastille ou la pierre de ciment de l’Échaillon). Ci-dessous ammonite récoltée en contrebas du Monastère de la Grande Chartreuse.
Puis, un peu d’histoire (avec l’UIAD, on n’arrête pas d’apprendre !!).
En 1591, le duc de Lesdiguières fait ériger une première bastille au sommet de la colline pour protéger Grenoble.
Un siècle plus tard, en 1692, Vauban inspecte le site et critique sévèrement la faiblesse de ces défenses, posant les bases des plans qui inspireront le fort actuel au XIXe siècle.
En effet, le fort de la Bastille, tel que nous le connaissons aujourd’hui est l’œuvre du général François Nicolas Benoît Haxo. Surnommé le « Vauban du XIXe siècle », il a entièrement repensé les défenses de la colline pour adapter la ville aux nouvelles réalités militaires.
Beaucoup de forts ont, ensuite, été reconstruits pour résister aux nouveaux canons et, en particulier, aux nouveaux types d’obus explosifs. Mais pas celui de la Bastille, considéré comme trop éloigné de l’ennemi allemand.
Éléments clés de cette visite, les casemates du Fort de la Bastille illustrent à la perfection la transition vers la fortification moderne. Conçues pour résister aux tirs d’artillerie de l’époque, ces impressionnantes salles voûtées en pierre de taille servaient de remparts actifs contre les invasions potentielles venant de la Chartreuse. Durant notre exploration, le parcours nous a mené logiquement vers les secteurs les plus stratégiques de l’édifice, à commencer par le remarquable cavalier casematé. Cette structure massive abritait des pièces d’artillerie lourde prêtes à faire feu tout en protégeant les artilleurs des bombardements ennemis.
En nous enfonçant vers les casemates Est, l’ambiance change. On prend conscience de la double fonction de ces espaces : le combat et la survie. Conçues pour être « blindées » par l’épaisseur de la roche et du béton de l’époque, elles servaient aussi bien de casernement pour les troupes de montagne que de zones de stockage pour les munitions et les vivres en cas de siège prolongé. Les ouvertures étroites, ou embrasures, témoignent de la précision géométrique requise pour maximiser les angles de tir sur les fossés en contrebas.
L’ingéniosité du fort se prolonge sous terre à travers le souterrain de repli. Cette galerie obscure, qui relie les casemates entre elles, permettait aux soldats de circuler à l’abri des regards et des projectiles, garantissant une communication fluide même sous un feu nourri. L’atmosphère fraîche et confinée de ces voûtes plonge immédiatement le visiteur dans le quotidien austère de la garnison du XIXe siècle.
Afin de respecter les normes et de pouvoir accueillir des visiteurs, ce souterrain est équipé d’une ventilation et donc d’énormes tuyaux qui ne sont pas très esthétiques !
Aujourd’hui, ces anciens bastions de guerre ont trouvé une seconde vie pacifique et culturelle, démontrant une remarquable reconversion patrimoniale. Les voûtes imposantes des casemates du fort abritent désormais le Centre d’Art Bastille. Ce mariage audacieux entre l’art contemporain et les pierres chargées d’histoire militaire crée un contraste architectural unique. Les salles autrefois destinées à la défense de la ville accueillent des installations artistiques éphémères, transformant les bastions d’autrefois en espaces d’expression et de liberté.
Nous faisons le tour du fort et découvrons les fenêtres de tir des canons.
Voici la porte principale du fort.
Dans la brume, nous distinguons le gigantesque « fossé » creusé par le Génie Militaire, depuis le fort jusqu’à Grenoble, afin d’éviter que l’ennemi puisse faire le tour des fortifications.
Compte tenu du temps (et peut-être de la forme physique du groupe), nous n’avons pas visité le tunnel et ses 80 marches. Celui-ci fait partie d’un réseau de souterrains aménagé par le Génie militaire entre 1843 et 1844 pour servir de carrière de pierre, puis de système de défense fortifié et de passages souterrains secrets reliés au fort. En voici néanmoins une photo (merci Google).
Explorer les casemates de la Bastille, c’est donc bien plus qu’admirer une prouesse technique du passé ; c’est parcourir un labyrinthe de pierre où l’histoire militaire alpine et la culture moderne se rencontrent face aux sommets du Vercors et de Belledonne.
La visite se termine par la vue de 2 plans que nous aurions tous aimé voir plus tôt, car expliquant avec précision la topographie du fort …
Cette visite, pendant laquelle, nous avons tous appris quelque chose, s’est peut-être complétée pour certains, par celle du Musée des Troupes de montagne, implanté directement au cœur des salles casematées.
Ce lieu retrace de façon très immersive l’histoire, la culture et l’évolution des soldats de montagne (les célèbres Diables Bleus) de leurs origines à nos jours.
Créés officiellement le 24 décembre 1888 pour faire face aux menaces frontalières dans les Alpes, ils sont aujourd’hui des experts reconnus mondialement pour le combat en milieu difficile (haute montagne, zones arctiques, climat extrême). On ne les nomme plus Chasseurs Alpins, car ils officient dans beaucoup de montagnes dans le monde et le mot « alpin » était trop réducteur.
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