Coup de cœur littéraire : la femme qui en savait trop

Article proposé par Ghislaine SERRE
La Femme qui en savait trop – Marie Benedict – ed : 10/18

Son extraordinaire beauté lui a sauvé la vie, son brillant esprit a changé la nôtre.
Dans les années 40, Hedy LAMARR était une immense star du cinéma hollywoodien, sacrée plus belle femme de son époque. Sa beauté n’avait d’égale que son intelligence scientifique, longtemps méconnue dont nous bénéficions encore aujourd’hui en utilisant le wifi dans nos téléphones et ordinateurs.

Sa destinée surprenante n’a pas manqué d’inspirer Marie Benedict à travers ce roman écrit sous la forme d’une autobiographie. Hedy Lamarr, de son vrai nom Hedwig Kiesler, naît à Vienne en 1914 dans une famille juive aisée et cultivée. A l’adolescence, elle remporte un prix de beauté et se destine à la scène. Elle tourne nue dans un film érotique qui fit scandale à l’époque et rencontre à la suite des succès remarqués au théâtre. En 1933, à l’âge de 19 ans, impressionnée par la forte personnalité de Friedrich Mandl, propriétaire d’usines d’armement et l’homme le plus riche de son pays, Hedy consent à l’épouser pensant mettre ainsi sa famille et elle-même à l’abri des persécutions antisémites. Mais Fritz Mandl, personnage sulfureux va bientôt frayer avec l’occupant nazi. Hedy se retrouve séquestrée chez elle par un mari jaloux, violent et possessif. Contrainte de jouer un rôle de faire-valoir décoratif lors des réunions politico-commerciales de son mari où des sujétions militaires techniques étaient abordées, Hedy, la seule femme dans la salle, n’en perdra pas une miette. Lorsque son mari est promu « aryen honoraire » par Hitler en personne et œuvre en faveur du rattachement de l »Autriche à l’Allemagne, Hedy s’enfuit à Londres en septembre 1937 puis aux États-Unis au moment de l’Anschluss.

Forte de sa carrière cinématographique la jeune femme rencontre le boss du plus grand studio d’Hollywood, Louis B.Mayer de la MGM qui lui obtient des rôles importants dans la production américaine et la rebaptise Hedy Lamarr. A Hollywood, soucieuse de participer à l’effort de guerre contre le Reich nazi et bouleversée par des annonces catastrophiques, Hedy décide de se servir de ses atouts et se lance dans la recherche développement en télécommunications. Car Hedy Lamarr, autodidacte, était passionnée par les technologies modernes. Le désastre du navire City of Benares torpillé par les Allemands malgré la présence de nombreux enfants à bord va l’inciter à faire le maximum pour lutter contre l’Allemagne nazie. D’abord elle va adopter un orphelin puis en 1941, en collaboration avec le compositeur George Antheil, elle va se concentrer sur la mise au au point d’un mécanisme qui permettait à un émetteur et un récepteur radio de sauter simultanément d’une fréquence à une autre, inventant donc un système indétectable de guidage des torpilles sous-marines par télécommunication. Ce système reposant sur des sauts de fréquence est en quelque sorte l’ancêtre du Wifi que nous utilisons chaque jour dans nos technologies sans fil d’aujourd’hui.
Malgré l’obtention d’un brevet en bonne et due forme approuvé par le Conseil national des inventeurs et recommandé à la marine des États-Unis en décembre 1940, l’US Navy refusa de l’adopter pendant la guerre malgré les défauts de son propre système de guidage des torpilles. Convoquée solennellement à une réunion à la Navy, Hedy sera à nouveau la seule femme dans la salle pour s’entendre signifier une fin de non-recevoir, révélant l’aberration de la marine à ne pas se fier à une invention brevetée par une belle femme, parce que «avec sa beauté elle aurait mieux fait de vendre des bons de la Défense ». Ce n’est que dans les années 1950 que les bateaux furent équipés de l’invention Lamarr pour détecter des sous-marins et faire remonter l’information sans qu’elle soit interceptée par l’ennemi. Le rôle de Hedy ne sera reconnu que bien plus tard dans les années 90 !

Ce roman très bien documenté est un hommage la trajectoire de cette jeune femme qui a lutté contre l’Allemagne nazie et qui restera fidèle à ses origines autrichiennes. Il contribue aussi bien à la compréhension de cette triste époque charnière que pour montrer que les femmes avaient (ont ?) beaucoup à faire pour être reconnues à leur juste valeur.

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